Les diverses formes de discipline aux quelles on soumet le corps le marquent, le forment, le tourmentent et le forcent à émettre des signes.D'autre part, comme l'ont souligné les féministes, le corps féminin surtout a été l'enjeu de toutes sortes de règles - alimentaires et vestimentaires - censées rendre la femme plus docile et plus « féminine ». Dans ce contexte, le corset a été considéré comme un instrument d'oppression physique etd'exploitation sexuelle. Mais il a également été apprécié pour son attrait érotique, et l'historien de l'art David Kunzle a même avancé que, loin d'être opprimées, les femmes du XIXe siècle qui laçaient leurs corsets très serrés étaient des fétichistes sexuellement libérées à qui cette contrainte procurait du plaisir.¸
« Ligotée pour le plaisir? » demande le New York Times le 21 août 1994, tandis que Vogue conseille: « Respirez à fond. » « Le corset est-il fait pour étreindre ou emprisonner? Le débat risque de reprendre, maintenant qu'il descend dans la rue, en version simplifiée. » La réapparition du corset dans la mode - en tant que sous-vètement et vêtement - montre à quel point le sens de l'habillement change d'une époque à l'autre.
Ce chapitre sera consacré au corset ancien et actuel, en tant que mode,fétiche et fantasme. Mais je voudrais d'abord faire une petite mise au point.Certains membres de la London Life League, qui regroupe des adeptes du corset, me croient « anti-corset », en partie parce que j'ai fouillé dans une littérature qui lui est défavorable, et aussi parce que j'utilise le mot « féti- chisme », qui «risque de stigmatiser injustement des innocents ». Inverse-ment, certains universitaires me voient en apologiste du corset en tant qu'instrument de torture, sous prétexte que j'ai fait allusion à son potentiel érotique et au fait qu'on avait beaucoup exagéré ses dangers.Je précise donc que je ne suis ni pour ni contre le corset, ni aucun autre article de lingerie- je sais trop que les passions vestimentaires peuvent avoir toutes sortes de sens.

Les adeptes du laçage


Le corset a été l'un des premiers vêtements fétiches et reste l'un des plus importants. Mais il faut bien distinguer la mode du corset, suivie par la plupart des femmes du XIXe siècle, et son utilisation fétichiste (très minori-taire), qui a parfois quelques atomes crochus avec le sadomasochisme et le travestisme. Et si la plupart des femmes victoriennes portaient des corsets, les tours de taille de 40 cm étaient en fait aussi rares que les talons de 15 cm aujourd'hui.
La journaliste Susan Faludi confond mode et fétichisme quand elle écrit:« Les marchands de vêtements de l'époque victorienne furent les premiers à créer un marché de masse [...] de la lingerie en faisant du corset un fétiche. » Le corset n'a jamais fait l'objet d'un fétichisme de masse, et seule une poignée de corsetiers a alimenté le marché fétichiste avec des corsets extraordinairement étroits - pour femmes et pour hommes.
Le corset a soulevé plus de controverses que tous les autres fétiches. Pour deux raisons fondamentales: l'une médicale, l'autre sexuelle. Nous n'allons pas passer en revue toutes les analyses médicales concernant ce sujet, mais j'ai vérifié avec Lynn Kutsche, qui est médecin, que la plupart des fameuses maladies attribuées au port du corset sont inexistantes ou nettement exagérées. Et il n'a jamais été prouvé que les femmes victoriennes se soient fait enlever des côtes. En revanche, les sources ont été utilisées avec beaucoup de naïveté. Susan Faludi écrit, par exemple:

À chaque retour de bâton l'industrie de la mode a produit des vêtements «punitifs» et la presse féminine a exigé que les femmes les portent. « Si vous voulez qu'une jeune fille devienne une gentille jeune femme aussi féminine dans son attitude que dans ses sentiments, lacez-la bien serrée» : voilà l'un des nombreux témoignages masculins enfaveur du corset parus dans la presse à la fin de l'ère victorienne

Ce conseil tristement célèbre - « lacez-la bien serrée » - a souvent été cité comme preuve de l'oppression des jeunes filles et des femmes victoriennes,obligées de subir la contrainte d'un corset « briseur de côtes ». En fait, cette citation signée LE MORALISTE est tirée de l'une des sources les plus suspectes qui soient - l'infâme « correspondance du corset» publiée dans le English- woman's Domestic Magazine.
Entre 1867 et 1874, EDM a publié des centaines de lettres, souvent teintées de sadomasochisme, relatives au corset, au fouet, aux éperons, etc.Beaucoup d'historiens ont avalé sans trop se poser de questions les histoires de corsets d'EDM, comme si elles prouvaient la popularité de cette torture à l'ère victorienne.
Considérer la lettre du MORALISTE, datant de février 1871, comme« l'un des nombreux témoignages masculins en faveur du corset parus dans la presse à la fin de l'ère victorienne» est une grossière erreur,puisque le laçage «violent» était presque universellement frappé d'ana-

thème au XIX" siècle et que ses défenseurs étaient extrêmement minoritaires. En effet, tirée de son contexte, cette lettre a l'air de lier le corset à l'oppression des femmes. Mais, replacée au milieu de lettres du méme genre, elle prend un tout autre sens.
En fait, les correspondants d'EDM avaient des préoccupations très éloignées de celles de la femme victorienne moyenne, et on peut les classer en trois catégories. 1. Une modification radicale du corps imposant le port du corset jour et nuit. 2. Un plaisir masochiste et un faible pour les scénarios érotiques de domination ou de soumission. 3. Le corset comme élément de travestisme. Fakir Musafar, le plus célèbre adepte contemporain, également connu sous le nom de « the Ol' Corsetier », dit qu'une partie de ce qu'il a appris sur le sujet venait de source, comme EDM, qui « avait un petit côté fétichiste».
Les adeptes du laçage n'en finissent pas de battre les records de finesse de taille. Certains journaux parlent de jeunes femmes ayant perdu 25 cm de tour de taille. La jeune Nelly G., 15 ans, serait passée de de 50 à 40 cm en portant un corset jour et nuit. Et puis, le pompon: « Bertha G., 15 ans, tour de taille 28 cm », pieusement baptisée « enfant martyre » . A l'annoncede ces mensurations pour le moins farfelues, le public contemporain frémit d'horreur: il y croit comme il a cru aux 40 cm de la très fictive Scarlett O'Hara. Pourtant, ces lettres ne reflètent pas fatalement la vérité. En fait,quand j'ai emmené Pearl, l'homme au corset, visiter l'Institut du costume du Metropolitan Museum of Art, il a été très déçu de voir que si peu de corsets étaient aussi étroits que les siens - 48 cm. Les réclames les plus courantes concernaient des corsets de 45 à 76 cm. On trouvait aussi des corsets allant de 78 à 91 ou 93 cm, et méme au-dessus. Mais sur des centaines de réclames de corsets, je n'en ai pas trouvé une demi-douzaine qui annonçait moins de 45 cm. L'une d'elles, pour corsets de 38 à 66 cm, visait sans doute la clientèle fétichiste. En tout cas, les tailles annoncées dans EDM n'étaient pas du tout la norme victorienne. Mais ces lettre; sont si célèbres qu'elles ont servi de légendes dans une exposition sur la mode victorienne organisée au Metropolitan Museum of Art!
Étant donné l'attirance humaine pour les extrêmes, il est tout à fait possible qu'une taille de 40 cm ait existé. On trouve même plus petit aujourd'hui. Mais au passé comme au présent, de tels cas sont rares, et il vaut mieux renoncer au mythe des 40 cm si l'on veut comprendre quelque chose à la femme du XIXe siècle.
Pour Pearl, interviewé en 1994 dans le magazine Verbal Abuse (n° 3) par


fakir Musafar en « Parfait gentleman » (fakir Musafar et Body Play

la dominatrice Mistress Angel Stern, « la mesure canon pour le tour de taille est 45 cm. En dessous, on tombe carrément dans la magie ».
Fakir Musafar, idole de Pearl et personnage clé du monde de la modification corporelle, a dénombré trois catégories de porteurs de corsets actuels.Dans la première catégorie - où il se range probablement lui même -, il ya les « non-conformistes» qui veulent « atteindre une sorte d'idéal esthétique en agissant sur la forme du corps ». Viennent ensuite ceux qui associent le corset à la féminité. Porter un corset leur donne l'impression de changer de sexe, mais ils peuvent rester indifférents au «serrage ». (Beaucoup de travestis se rangent dans cette catégorie). Dans le troisième groupe, on trouve les masochistes qui cherchent un « inconfort érotique ». Mais ces catégories se recoupent et certaines personnes n'entrent dans aucune. Reste enfin ceux qui suivent la mode: ils sont moins nombreux aujourd'hui qu'au XIXe siècle,mais ils existent.

Discipline et punition


« On pourrait penser que dans les jeux de rôles SM, celui qui porte le corset est le soumis, l'esclave », écrit Stéphanie Jones. Mais ce n'est pas vrai. Le symbolisme du corset est plus complexe. Pour certains sadomasochistes, les corsets de cuir sont réservés aux dominants et les corsets de latex aux soumis, mais pour d'autres le corset n'a pas de « couleur sexuelle déterminée ». Le sens du corset dépend du contexte: «La dominatrice porte son corset comme une armure dont la courbe rigide oppose l'ultime humiliation à l'esclave, qui peut regarder mais ne doit pas toucher. [...] Alors que pour l'esclave, c'est évidemment une punition d'être corseté. » La dominatrice corsetée semble et se sent « impénétrable ». Du côté de l'esclave, le corset renforce l'idée de discipline et de bandage. C'est pour cela que le corset est souvent utilisé dans la « transformation du mâle en femme-mâle » : tout en satisfaisant le désir de l'homme de ressembler à une femme, le corset apaise son sentiment de culpabilité puisqu'il le punit.
Pour Alexis De Ville, acteur porno 'live, l'attrait érotique du corset est lié au « mystère de la femme» : «Tout ce que je sais, c'est que si je porte un corset dans une scène, j'obtiens de meilleurs résultats avec un esclave que si je n'en porte pas ». Pour les masochistes, « même un corset peu serré a . un effet merveilleusement négatif sur la mobilité et l'équilibre de celui qui le porte ». Mais dans un article destiné aux sadomasochistes sur les tech niques de laçage, Fakir Musafar insiste sur le fait qu'un corset, « comme le reste de l'attirail SM, doit respecter des impératifs de sécurité et de qualité.[...] Et il est prudent d'observer quelques précautions quand on joue des scènes SM avec corsets très serrés ».
Les mots esclave ou sadomasochiste n'apparaissent pas dans la littérature fétichiste du XIX' siècle, mais, dans les lettres publiées par EDM, les mots discipline, réclusion, contrainte, souffrance, torture, supplice, soumission et victimes reviennent constamment. Pour certains correspondants, la finesse de taille ne suffit pas, car « la moitié du charme vient du laçage - et plus il est serré, mieux c'est ». «Une entrave bien appliquée est en elle-même attractive. » (Au contraire, le courant majoritaire de la culture victorienne préfère de beaucoup la taille « naturellement» fine à son imitation corsetée.)
Certains adeptes, comme ALFRED dans EDM en janvier 1871, parlent avec sadisme des victimes féminines:

Je suis fasciné à l'idée qu'une jeune fille ait été soumise à la stricte discipline du corset depuis des années. Si elle a souffert de cette pression extrême - et elle en a certainement souffert -, elle en est dédommagée par l'admiration qu'elle suscite.

Certains correspondants imaginent des dominatrices forçant des hommes et des jeunes garçons à se corseter. D'autres expriment l'envie de torturer eux-mêmes les victimes qu'ils se seraient choisies. Le 25 décembre 1909, un correspondant de Modern Society est persuadé que, sous la torture, il peut contraindre une victime à porter un corset de 43 cm.
Krafft Ebing rapporte le cas d'un homme qui aimait« subir la souffrance du corset ou l'infliger à des femmes ». Un autre grand sexologue du début du xx' siècle, Wilhelm Stekel, décrit parmi d'autres cas celui d'un homme marié «respectable» qui porte un corset, se travestit et met des "talons si hauts qu'il boite: «Apparemment, la souffrance physique faisait partie de son bonheur et il en jouissait d'autant plus qu'elle était provoquée par un vêtement féminin. »

Il collectionnait aussi tous les écrits sur le corset - favorables ou non.Il essayait souvent de se serrer jusqu'à l'évanouissement, mais il n'y arrivait pas. En revanche, il arriva à persuader sa femme de se lacer,en resserrant son corset chaque jour davantage, jusqu'à lui faire perdre connaissance avec 35 cm de tour de taille. C'était pour lui une grande satisfaction sexuelle.

Stekel recevait aussi en consultation un policier de trente six ans qui portait des corsets et se masturbait devant une glace en imaginant qu'il était cette femme dans la glace. Il avait rempli un album de coupures de journaux montrant des corsets, qu'il avait barbouillées de croquis obscènes et de notes: « Quel bonheur de déshabiller cette femme, de déchirer son corset et de la violer.» Stekel se référait à ce carnet comme à «la Bible» du fétichiste, et soulignait le contraste entre la vie chrétienne de ce célibataire et ses fantasmes « diaboliques ».
Les termes «douleur» et « compression» sont souvent juxtaposés dans les lettres d'EDM, avec des allusions aux sensations « fascinantes, délicieuses, superbes, exquises » qu'est censé procurer le laçage. Mais la douleur et le plaisir ne sont pas les seuls enjeux. Domination et soumission tiennent une place également importante. D'où les nombreuses histoires de laçage forcé.

La maîtresse française


Parmi les lettres les plus anciennes et les plus significatives, certaines situent leurs histoires dans des pensionnats. NORA écrit ainsi en mai 1867 :
On me mit à quinze ans dans une pension chic de Londres où l'usage voulait que les élèves perdent 2,5 cm de tour de taille par mois jusqu'à ce que la Principale soit satisfaite. Quand je quittai l'école à dix-sept ans, montour de taille qui était jadis de 58 cm n'en faisait plus que 33. Tous les matins, une bonne nous aidait à nous habiller et une gouvernante veillait à ce que nos corsets soient le plus serrés possible.
Pour comprendre le véritable sens de ces récits, il faut" comparer plusieurs lettres et analyser le langage utilisé. Les scénarios sont souvent identiques:pendant des années, une fille vit dans l'indiscipline et sans le moindre corset,souvent parce que sa famille vit à l'étranger. Mais la situation change brusquement et on la soumet à la cruelle discipline du corset. Le récit baigne dans un flou artistique stratégiquement parsemé de gros plans minutieux sur les détails du corset. Voici la lettre de FANNY dans Queen du 25 juillet 1863 :

Jusqu'à l'âge de quinze ans, on m'a laissée courir [...] comme une sauvage. [...] Les circonstances familiales et les revers de fortune [...] ont convaincu mes parents de faire parachever mon éducation sur le continent. [...] On m'envoya dans une école très distinguée et très en vogue de la banlieue parisienne [...] [où] je fus soumise à la stricte discipline du corset.

Il arrive que ces jeunes filles se rebellent ou demandent grâce, mais elles finissent par se soumettre. Au fil du XIXe siècle, les histoires deviennent de plus en plus salaces et se rapprochent nettement des lettres concernant les châtiments corporels. Tout comme ils débattent longuement des meilleures méthodes de laçage et, entre autres, de l'utilité des menottes et des corsets verrouillés, certains correspondants se demandent s'il vaut mieux attacherla fille en travers du «cheval» ou l'enchaîner au plafond, lui laisser ses dessous ou la mettre nue. Beaucoup de scènes ont l'air de sortir d'un roman pornographique, si bien que la tentation de s'indigner devant de telles pratiques en milieu scolaire laisse vite la place à la certitude que ces lettres relèvent du fantasme.
TAILLE DE GUÊPE, par exemple, raconte dans Society (23 septembre 1899) ce qui lui arrive quand elle refuse d'être lacée à moins de 45 cm :

Entendant cela, la maîtresse française se mit en colère car elle était spécialement chargée de veiller à ce que les filles aient des tailles de guêpe. Le châtiment que je reçus me soumit tout à fait et me fit certainement le plus grand bien. On me suspendit par les poignets et on m'attacha les pieds, chaussés de bottines étroites à talons hauts, à un anneau dans le plancher. C'est ainsi, avec mon corset pour seule protection, qu'on me fouetta le dos. Cela me procura une douleur intense,sans me laisser de marques, grâce au laçage étroit de mon corset. J'étais profondément humiliée, mais, avant de me détacher les mains, la maîtresse française ramena ma taille à 38 cm.

Même si, en Angleterre, la plupart des écoles pour filles enseignaient le français, la présence de « femmes françaises » - maîtresses ou gouvernantes - dans ces lettres joue sans doute un rôle fantasmatique. Plusieurs lettres sur le travestisme signalent aussi la présence d'une « adroite bonne française » qui aide le protagoniste masculin à devenir un personnage féminin.
Certains correspondants situent leurs histoires dans des villes étrangères- Paris ou Vienne le plus souvent. Ils prétendent y avoir fréquenté des écoles, ou racontent avoir vu dans les rues des hommes et des femmes corsetés. Selon LE VOYAGEUR (Family DQf/VJr, 10 décembre 1887), «en France, on voit beaucoup de femmes à la taille très fine, et à Vienne le corset serré est de rigueur ». A la une d'un numéro de Family Doctor, un article consacré aux « tailles nationales" rappelle qu'à l'époque victorienne « la taille de guêpe était beaucoup plus prisée sur le Continent - à Paris et Vienne notamment - qu'en Angleterre.
Pourquoi Paris et Vienne? Peut-être tout simplement parce que les choses étranges arrivent plus facilement dans des lieux lointains où la plupart des lecteurs n'ont jamais mis les pieds. Rien ne permet d'affirmer que le port du corset ait été spécialement florissant en France et en Autriche.Mais à une époque où le baiser français, les lettres et la mode françaises étaient investis d'un charme spécial, le Continent, vu de l'Angleterre, devait être une terre de fantasme.
La passion de Vienne a néanmoins une connotation plus directement fétichiste, apparemment liée à la légendaire finesse de taille de l'impératrice Elizabeth d'Autriche (1837-1898). Selon une biographie récente, Sissi avait un tour de taille de 49,5 cm et pesait 50 kilos pour environ 1,70 mètres.C'était une obsédée de régimes, d'exercice physique et de corset. Aujourd'hui encore, elle jouit d'un certain prestige auprès des adeptes.
Il n'existe aucune preuve sérieuse que ce genre de pensionnat ait existé. Aucun journal crédible, comme le Times, n'en a jamais parlé. Pas une lettre ne cite un nom d'école. D'autre part, que ce soit dans les lettres isolées ou les correspondances fétichistes «officielles », les histoires sont tout à fait invraisemblables: par exemple, il se peut que personne ne remarque la présence d'un garçon travesti dans un pensionnat de filles, mais c'est fort improbable. En perpétuelle concurrence, les auteurs surenchérissent dans la férocité. Il arrive aussi qu'ils plagient des histoires plus anciennes en les reprenant à leur compte. En 1933, par exemple, London Lifè publie sous le titre « Les filles doivent-elles porter des corsets? » une lettre déjà parue en 1909 dans Modern Society.
Et même si certains éléments de l'histoire sont plausibles, on brode toujours dessus. En 1899, la « gouvernante de l'institution de Madame la B.,tout près de Paris» raconte dans Society que « la dernière folie» consiste à se faire percer les «tétons» par les bijoutiers de la rue Saint-Honoré. En effet, certaines personnes se faisaient sans doute percer les mamelons, et le thème du piercing était très présent dans le courrier de Society, mais quand la gouvernante dit que cette pratique a été décrite dans La Vie parisienne et dans un roman récent, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle se contente de répéter une chose lue quelque part. J'ai également beaucoup de mal à croire que sa poitrine ait grossi à cause du frottement de sa lingerie contre les anneaux de ses mamelons.
Les récits pornographiques se situent souvent dans des lieux

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