institutionnels - écoles, casernes, prisons - impliquant le port de l'uniforme,
une hiérarchie et des punitions. Et les gens y ajoutent leurs
fantasmes sexuels. En effet, si je doute que la pratique du corset et
le travestime aient réellement existé pour les enfants des pensionnats,
je crois en revanche que les adultes fétichistes sont tout à fait
capables de recréer ces mises en scène à leur propre compte. Photo
Bits cite, le 5 février 1910, « la très sélecte académie de Miss P.B.,
où l'on cultive sa finesse de taille et l'art de marcher avec des
talons hauts ». Cette école était-elle une réalité, un fantasme, ou
quelque chose entre les deux?
Voici quelques extraits du prospectus
publicitaire d'une « école » anglaise contemporaine destinée aux
adultes fétichistes: «l'école de redressement de Miss Prim est
destinée aux vilains garçons et aux mauvaises filles de 21ans et
plus - et aux garçons qui voudraient être des filles ». On peut
s'inscrire pour le week-end ou pour plus longtemps. L'uniforme est
obligatoire (fourni dans un délai de trente jours) et comprend shorts
de gym bleu marine(préciser si c'est pour une fille ou un TV -
travesti), culottes, etc. Au Torture Garden, un homme m'a dit avoir
visité un établissement de ce genre. Et Miss Vera tient à New York
une école de formation pour les garçons qui veulent être des filles,
connue sous le nom de L'Académie. Miss Vera est la doyenne des
étudiants. Son amie, Miss Dana, est la « doyenne en talons aiguilles ».
Les frais de scolarité vont de 300 dollars pour une séance privée
(de travaux pratiques ?) de deux heures à 2000 dollars pour le
week-end.
Pourquoi devrions-nous croire que les lettres d'EDM reposent
sur des faits concrets? Tout le monde sait que beaucoup de lettres
publiées actuellement dans la presse pornographique sont écrites par
les journalistes et que les autres brodent largement autour
d'expériences vécues. Quant aux lettres signées de prénoms féminins,
elles ne sont pas forcément écrites par des femmes. Il existe même dans
la pornographie une longue tradition de récits écrits au féminin et à
la première personne, dûs en réalité à des hommes ~Fanny Hill, de John
CI el and, par exemple. De plus, si la psychiatrie contemporaine
insiste à juste titre sur le fait que la majorité des fétichistes sont
des hommes, on peut supposer que la plus grande partie des lettres sur
le corset ont été écrites par des hommes.
En 1899, UNE FEMME DE
CINQUANTE ANS raconte dans Society son expérience personnelle dans
«une école de fin d'études à la mode» au débutdes années 1860,
«pendant l'une de ces séances de laçage comme on en trouve dans la
correspondance d'EDM». Elle ramasse différents éléments cultes de la
littérature fétichiste: l'invocation rituelle de la maîtresse sexy et
sadique enseignant l'art du corset - rôle souvent joué par une jeune
aristocrate perverse, et parfois par un travesti. L'omniprésente
gouvernante française, Mlle de Beauvoir, y apparaît avec un tour de
taille de 33 cm, bien que plutôt « charnue» pour le reste. Le fouet
est une punition ouvertement admise, et trois Françaises, filles d'une
marquise, pratiquent le piercing des seins, alors très prisé des
correspondants de Society.
Je veux bien croire que les vrais
fétichistes mettaient en pratique la plupart des choses qu'ils
décrivaient dans leurs lettres: port du corset, piercing, fouet,
travestisme. Mais le faisaient-ils dans le décor annoncé - dans
un pensionnat, au sein de l'aristocratie fétichiste ou entre les mains
de Mlle de Beauvoir? J'en doute.
L'homme au corset
Le port masculin du
corset est un autre thème important de la littérature fétichiste. En
novembre 1867, WALTER écrit dans les colonnes d'EDM:
On m'envoya très
tôt à l'école en Autriche - pays qui, contrairement à l'Angleterre, ne
voit rien de ridicule à ce qu'un homme porte le corset. Évidemment,
quand la femme du docteur m'enjoignit de porter un corset, je m'y
opposai avec une véhémence tout anglaise, mais on ne me laissa pas le
choix. Une robuste midchen, stoïquement sourde à mes protestations,
me laça rapidement dans l'un de ces corsets viennois à la mode. [...]
Le fait d'être corseté plus étroitement chaque jour était une gêne et
une souffrance, mais, quelques mois plus tard, je désirais autant que
mes dix ou douze compagnons être corseté par une paire de bras
costauds.
Les propos de WALTER ne sont pas à prendre au pied de la
lettre. Si leur contenu manifeste concerne le port du corset masculin
dans un pensionnat,leur contenu latent semble plutôt révéler le
fantasme d'un garçon soumis à des femmes dominantes (la femme du
docteur et la robuste « midchen ») et forcé de porter de la lingerie
féminine. Très vite cependant, la souffrance fait place au plaisir, et
l'ignominie du travestisme est occultée par sa normalisation dans
une autre culture. Si la plupart des hommes du XIXe sièclene portaient
pas de corset, les corsets et ceintures pour hommes existaient bel et
bien. Dans les années 1820, les dandys portaient parfois des corsets
(baleinés et lacés dans le dos) pour se façonner cette silhouette en
forme de
sablier alors très vogue - pas forcément sous son aspect caricatural.
On apprend dans le Workwoman 's Guide (Guide de la femme qui travaille)
de 1838 que les corsets d'hommes étaient utilisés dans l'armée, pour
la chasse et les exercices violents. Selon un historien contemporain,
ces corsets, qui n'avaient pas à lutter contre les courbes féminines,
étaient souvent de simples ceintures de tissu. Mais dans le cas de
WALTER, il s'agit bien de corsets féminins fortement baleinés. Et le 4
décembre 1909, un homme corseté qui signe WALTER dans Modern Society
(peut-être en hommage au WALTER d'EDM) conseille aux lecteurs mâles
de « quémander, emprunter ou voler un corset à leur soeur (ou à leur
femme) et de le porter ».
Le corset pour hommes horrifie beaucoup de
correspondants. Même LA GÉNIE, farouche défenseur du corset
(obligatoire) pour les filles, tient à préciser qu'il n'en porte pas
lui-même et qu'il trouve cette idée « plutôt répugnante ». L'usage
du corset est parfois médicalement justifié, notamment pour ceux qui
souffrent du dos. ANTI-CORPULENCE le recommande aux hommes corpulents.
Et LE CORSÉTISTE s'interroge sur le préjugé lié aux porteurs de
corsets.
En octobre 1886, UN AMATEUR DE CORSET ayant décrit dans Family
Doctor le plaisir qu'il éprouvait à porter des corsets, MARY BROWN
répond: « Ce doit être un homme très efféminé [...] qui voudrait bien
se promener en robe et passer pour une femme. » Cette lettre déclenche
un flot de réponses de porteurs de corsets ou de travestis, l'un d'eux
écrivant: « Méme si je ne suis pas du sexe qui est censé porter des
corsets, j'en porte depuis plus de dix ans. »
La question de la
domination féminine est très présente dans ces nombreuses lettres
d'hommes consacrées au corset. ÉLEVÉ COMME UNE FILLE et AIMERAIT ÊTRE
UNE DAME confient à Family Doctor qu'ils ont été élevés par des tantes
qui les forçaient à se travestir - scénario plausible. Les histoires
de femmes forçant leurs maris sont plus douteuses. Ainsi, CORSET DE
SATIN,qui a épousé une femme beaucoup plus âgée. « Elle m'avait s
éduit par sa taille délicieusement menue et ses jolies chaussures à
talons [...] et m'obligea à signer un document par lequel je m'engages
à la satisfaire dans ma façon de m'habiller. [...] Ce que je fis
volontiers, ne sachant absolument pas où cela me conduirait. » (Mais
nous le devinons.) En fait, les études contemporaines portant sur
les travestis et leurs épouses affirment que c'est plutôt l'homme qui
choisit de se travestir.
COLONEL EN RETRAITE déclare que « beaucoup
d'Américains portent des corsets, filles et garçons; d'où,
certainement, leur magnifique allure ». Mais la plupart des
correspondants s'intéressent au mâle de langue allemande, et surtout
au militaire prussien ou autrichien. Même si l'armée autrichienne n'est
guère impressionnante sur le plan militaire, l'empire austro-
hongrois cultive l'uniforme d'apparat, souvent copié dans les bals
costumés français et anglais, et les fétichistes britanniques de la
génération de WALTER connaissent bien ce type de vêtements. Rappelons
aussi que l'armée prussienne (et allemande plus tard) est très
puissante. « Tout le monde sait que beaucoup d'officiers prussiens
portent le corset, écrit le RÉFORMATEUR, et rien ne convient mieux à
l'homme que ce maintien donné par le port du corset. » Dans cette
lettre comme dans beaucoup d'autres, le symbolisme phallique lié au
corset et aux uniformes moulants se mélange avec les éléments de
travestisme (combinaisons et boucles d'oreille).
L'attrait pour
l'uniforme a toujours été une sous-catégorie importante du fétichisme
vestimentaire, souvent associée aux fantasmes de domination et de
soumission. Le travesti qui fréquente des officiers est un thème
récurrent des lettres fétichistes. ÉLEVÉ COMME UNE FILLE évoque une
soirée viennoise où, à la suite d'un pari, il aurait dîné avec
plusieurs officiers en robes du soir [...] lacés dans des corsets de
41 cm. «Je déteste que des hommes portent le corset », écrit de
manière assez faux jeton la BELLE DE KENSINGTON après s'être vantée
de sa taille de 40 cm, mais mon frère qui est dans le régiment*** me
dit que beaucoup le font. En tout cas, je sais que lui le fait.
L'automne dernier, il a gagné un gros pari en dînant avec un officier,
habillé en femme. » En 1909, Modern Society publie, sous le titre
Esclaves du corset, une série de lettres dont celle où DORA raconte
que sa bonne hongroise a jadis travaillé pour un officier autrichien
qui portait un corset et des talons de 10 cm. TAILLE FINE affirme
qu'à Vienne, c'est une chose tout à fait banale pour un homme de
porter le corset. Le narrateur des Souvenirs d'une corsetière (dans
London Life, le 27 décembre 1930) parcourt l'Europe à la recherche de
tailles fines et rencontre à Vienne un lieutenant qui, en plus de son
« long corset militaire » porte un uniforme ajusté avec un long
corset d'acier qui lui donne une silhouette parfaite - et qui se
travestit aussi.
Un essai sur la discipline dans un lycée autrichien
des années 30 montre à quel point étudier la littérature fétichiste
est une entreprise délicate.L'auteur commence en citant WALTER, et
continue avec un discours décousu et souvent incohérent laissant
entendre que les Allemands (y compris les nazis) sont des anti-
fétichistes virils haïssant le corset, alors que les Autrichiens
sont des fétichistes du corset efféminés. Hitler est présenté comme
« l'un des fétichistes les plus accomplis que le monde ait connus ».
Les États-Unis étant, comme l'Autriche et l'Angleterre, un pays
plutôt « corseté »,l'auteur leur concède une «bonne chance de succès
dans la domination
mondiale ». Inutile de dire que cet étrange essai n'apporte aucun
élément sérieux sur la véritable histoire du corset dans les écoles
autrichiennes. Il montre en revanche comment le corset peut servir
d'alibi à toutes sortes d'idéologies. Reste que certains hommes ont
porté (et portent encore) des corsets. La première publicité que j'ai
trouvée sur le sujet - dans le périodique Society qui publiait aussi
des lettres de fétichistes - remonte à 1899 et montre plusieurs modèles
, des ceintures pour dormir ou chasser aux longs corsets lourdement
baleinés et militairement baptisés « le Marlborough» ou «le Carlton ».
On trouve très peu de corsets pour hommes dans les musées,mais à
l'Institut du costume de Kyoto j'ai vu un corset anglais «marque
Apollo» de la fin du XIX' siècle, taillé dans un robuste tissu beige,
avec des baleines dites « spartiates ».
La London Lift League,
installée à Montréal, soutient les amateurs de corsets, hommes ou
femmes. Ses bulletins ronéotés insistent sur le fait que ce n'est pas
une question de sexe, «que l'homme moderne devrait être fier
d'appartenir à une dynastie qui remonte aux Minoens et se perpétue
jusqu'à l'officier et au dandy britannique ». Compte tenu du fait que
l'homme corseté risque de s'attirer des «réflexions hostiles », ces
bulletins lui recommandent de faire preuve de discrétion. Par
exemple, on le prévient que des baleines d'acier peuvent déclencher les
contrôles électroniques des aéroports, et on lui conseille dans ce
cas d'invoquer des raisons orthopédiques.Les travestis (notamment les
hommes mariés d'un certain âge) portent parfois le corset en privé.
Certains hommes - moins nombreux - portent ce qu'on appelle un «corset
de pénis », tube de cuir ou de latex lacé, ou un « corset de cou ».
Pour en revenir à un phénomène plus significatif du point de vue de
la mode, on rencontre maintenant dans les boîtes des jeunes, surtout
homosexuels, qui portent des corsets ouvertement, comme vêtements.
Le
fétichisme démodé
Le corset disparaît de la mode féminine dès 1907,
avec les créations néoclassiques de Poiret. Vers 1910, les femmes
jeunes et minces commencent à remplacer le corset à baleines par une
gaine et un soutien-gorge de latex,tandis que les femmes plus fortes
et plus âgées adoptent un corset long et étroit.
La Vénus moderne selon Photo Bits, 1910
Je viens de lire que cette saison ne verrait pas de tailles fines et
encore moins de hanches. [...] Mon coeur frissonne de tristesse. j'ai
du mal à comprendre ce dernier décret de la mode. Les seins gonflés,
les tailles divines, les hanches arrondies - tout cela va disparaître,
ou plutôt, va rester caché. Quel dommage!
Ce correspondant de Photo
Bits (29 octobre 1910) se console en souhaitant bonne chance à la
meunière du Lancashire, réputée se lacer plus étroitement que quiconque.
« C'est elle, le peuple. » Et, pour finir, on lui a annoncé « les
signes d'un retour aux tailles de guêpes» et on lui a confié que les
gens dans le vent portaient en secret les corsets les plus serrés.
Apparemment, il se fait des illusions.
En 1910, Photo Bits publie
plusieurs numéros spéciaux « Tailles fines ». Dans l'un d'eux, on
envisage la création d'un « Club du corset» et d'une « Ligue
minoenne» destinés à promouvoir l'usage du corset chez l'homme.Dans
l'autre, on proclame: « 33 cm - voilà l'idéal. » Le feuilleton La
Perle de Picadilly raconte les aventures de Taille de guêpe, un
homme qui porte un corset rouge de 33 cm. Le magazine publie aussi un
essai, Le Culte du corset, et une histoire intitulée La Chasse aux 33
cm.
Mais, peu à peu, l'époque victorienne est apparue comme l'âge
d'or ducorset et, la nostalgie aidant, les tailles annoncées ont
commencé à rétrécir.L'auteur de La vogue de la taille de guêPe
(dans London LiJe, le 26 octobre 1930) parle de tailles victoriennes
de 25, voire 22 cm, En février 1933,l'ADORATEUR DES TAILLES DE GUÊPE
écrivit à London LiJe :
Cher Monsieur,comme Diabolo, j'aime les
tailles fines pour le beau sexe. Je ne comprends pas qu'un homme puisse
être considéré comme anormal parce qu'il aime voir les femmes bien
corsetées, sachant que l'homme victorien était un fervent adorateur de
la taille fine - alors universelle.Je n'ai que vingt-sept ans mais je
dois être né trente ans trop tard car,pour moi, la sihouette féminine
obtenue par le port raisonnable du corset a beaucoup plus d'attrait
que celle, dite « naturelle », qui est à la mode aujourd'hui.
Un de mes
amis me dit qu'on trouve encore à Paris beaucoup de femmes à la taille
fine, et j'ai l'intention d'y aller bientôt passer une semaine ou deux,
histoire de vérifier ses dires.
Ethel Granger,« La plus petite taille du monde ».(Fakir Musafar et
Body Play.)

Mais, si le corset, remplacé par le soutien-gorge et la gaine,
disparaît du monde de la mode, il garde une place essentielle dans
le panthéon fétichiste. L'actrice Polaire, qui était corsetée et dont
on vantait la finesse de taille en 1909 dans Tatler et Photo Bits,
réapparaît le 26 juin 1937 dans London LiJe.
La plus célèbre adepte moderne est incontestablement l'Anglaise Ethel
Granger, de Peterborough, qui, en quelques années, a réduit son tour
de taille de 58 à 33 cm. Petit bout de femme mesurant 1,60 mètres
pour 50 kilos, elle a commencé à porter des corsets en 1928, sous
l'influence de son mari Will Granger. Ce dernier, grand fétichiste
devant l'éternel, a d'ailleurs écrit et publié à compte d'auteur une
biographie de sa femme dont les chapitres s'intitulent Ethel est une
adorable épouse, Heureuse sur ses talons, Des anneaux dans le nez,
Instruments de torture, Nénés percés ou Trente trois centimètres -
enfin!
Même s'il a très peu porté le corset lui-même, Will Granger
était obsédé par les modifications corporelles depuis son plus jeune
âge. Figure dominante du couple, non seulement il a contraint sa
femme à se corseter, mais il lui a percé le corps en treize endroits.
Pourquoi s'est-elle laissée faire? Ses raisons demeurent obscures,
même si ses proches affirment qu'elle aimait cela. En tout cas, Will
Granger était tellement obsédé par le corset qu'il fut très contrarié
quand l'obstétricien d'Ethel insista pour qu'elle l'enlève pendant
ses grossesses! Elle décrocha du corset pendant la guerre, mais son
mari la persuada de recommencer en 1946 et, vers la fin des années 50,
sa taille était revenue à 33 cm.
« Les modes changent et nous aussi »,
écrit Will Granger. Mais, en fait, sa fascination pour le corset n'a
rien à voir avec la mode. Un phénomène de mode comme la gaine
« taille de guêpe» des années 50 est très éloigné du fétichisme hard.
Même si leurs «jeux» étaient secrets à l'origine, les Granger sont
devenus des figures cultes dans le monde des adeptes. Ethel est citée
dans la presse en 1957, 1959 et même en 1968, quand Associated Press
publie des photos de ses fameux 33 cm. Elle finit même par entrer dans
le Livre Guiness des Records sous la rubrique « la taille la plus
fine du monde », mention que son mari fait aussitôt inscrire sur son
passeport. Cette publicité a valoriser ce genre de pratique aux yeux de
beaucoup. Et à sa mort en 1982, quelques années après son mari, Ethel
avait porté des corsets pratiquement jusqu'à son dernier jour.
Le corset aujourd'hui
Pour le
célèbre adepte Fakir Musafar, le corset pennet à «une femmesans autres
attraits qu'une taille fine d'attirer les hommes (et les femmes)
qui apprécient cette discipline du corps. Sa pratique augmente les
plaisirs sexuels. Il n'y a rien de tel pour un homme très étroitement
corseté que de faire l'amour avec une femme elle aussi corsetée. Tous
vos organes se trouvent dans des positions différentes, soumis à des
tensions différentes - c'est une question de mécanique, qui vous
conduit à l'extase».
Dans les années 50, Fakir Musafar passe de
73 cm de tour de taille à 48 cm. Tirant son inspiration d'EDM autant
que de National Geographie, il se présente soit en «primitif moderne»
soit en «parfait gentleman ». De 1950 à la fin des années 60, il monte
une affaire de corsets qui périclite faute de clients, et la vend aux
propriétaires de BR Creations qui, vers 1980,emploieront trois femmes
à fabriquer des corsets. Et, comme le précise Musafar, « ils sont
sortis du circuit fétichiste pour vendre dans les endroits les plus
ahurissants: au salon du mariage, par exemple. Ils passent une annonce
dans le New York Times et ils ont une tonne de commandes ».
Et pour
Pearl, dont le tour de taille fait 48 cm, s'agit-il de fétichisme?
«Peut-être. C'est sensuel, mais pour moi, ça n'est pas une pratique
sexuelle. » Comme beaucoup d'adeptes, Pearl a été élevé dans une
famille très croyante et son intérêt pour les corsets remonte à la
petite enfance.« Quand j'avais deux ou trois ans, je vivais chez ma
grand-mère. Elle portait un corset tous les jours parce qu'elle avait
eu des problèmes de colonne vertébrale quand elle était jeune. Je
l'aidais à le lacer. Il était très beau.Rose, toujours rose, dans ce
joli satin couleur pêche. »
«Je ne fais pas ça pour essayer de
ressembler à une femme », ajoute Pearl.(Le photographe Travis
Hutchison approuve, il se sent « très viril» quand il porte le corset
que Pearl a dessiné pour lui). Pour Pearl, c'est « une question de
contrôle de soi. Les vêtements devraient être plus disciplinaires ».
Bien qu'il trouve le corset «confortable », il aime la sensation
d'être contraint et l'idée que le vêtement « apporte avec lui ses
règles précises et empêche certaines choses - l'avachissement, par
exemple ». S'il ne met pas de corset, ça ne va pas. «Je n'aime pas
marcher pieds nus, non plus. J'aime mes chaussures de cuir. Et je dors
avec mon corset, ou avec une ceinture,parce que j'aime me sentir
contrôlé. »
Grâce à Pearl, j'ai fait la connaissance d'une femme qui
porte des corsets,Cathie J. Après une longue discussion téléphonique,
je suis allée dans la maison du nord-est des États-Unis où elle vit
avec son mari. C'est une femme d'intérieur entre deux âges qui annonce
un tour de taille de 43 cm sans le corset - à peu près 38 avec. Elle
mesure 1,67 m, pèse une soixan-taine de kilos et son tour de taille
oscille donc autour de 45 cm suivant les
SUITE
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